Bénin: Me Georges Gbago, «Ce n’est pas le moment de condamner Komi Koutché à une peine aussi lourde»

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Komi Koutché, l’ancien ministre béninois des finances et ex-directeur général du Fonds national de la microfinance (Fnm), a été condamné, samedi 04 avril 2020, à 20 ans de réclusion criminelle avec 500 millions FCFA d’amende par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Me Georges Barnabé Gbago, Avocat au barreau du Bénin et Agrégé des Facultés de Droit est revenu sur ce verdict, dans un entretien accordé à Africaxó.

 

Africaxó: Me Georges Barnabé Gbago, vous avez suivi la condamnation de Komi Koutché, l’ancien Directeur du Fonds National de la Microfinance (FNM). De votre position d’Avocat au barreau du Bénin, comment avez-vous accueilli ce verdict dans ce contexte de crise sanitaire généralisée?

Me Georges Barnabé Gbago: Je crois franchement que la période choisie pour tenir ce procès n’est pas propice. Ce n’est pas le moment de condamner à une peine aussi lourde un citoyen de la trempe de Komi Koutché, quelque soit son passé sulfureux ou non. Bien que la justice devrait continuer à fonctionner normalement, ce moment devrait normalement amener tous les fils de ce pays, à concentrer leurs efforts sur la lutte collective contre la pandémie du Covid-19. Je voudrais bien m’appuyer sur l’anecdote du Roi Guézo en rappelant qu’en ces circonstances de crise, tous les fils du Bénin devraient boucher de leurs doigts la jarre trouée symbolisant la patrie. Le verdict donné à ce procès laisse croire que les raisons d’une telle condamnation sont ailleurs.

 

Africaxó: A quoi faites-vous allusion quand vous dites que les raisons d’une telle condamnation semblent ailleurs?

Me Georges Barnabé Gbago: Les vingt (20) années flanquées à Komi Koutché me font penser à la condamnation de Sébastien Ajavon qui a lui-même écopé du même nombre d’années. Je me rappelle au passage qu’un député de la mouvance me disait; je cite : «Nous sommes là pour minimum 20 ans». Le nombre d’années donné à Sébastien Ajavon et maintenant à Komi Koutché me fait alors penser que les « gens » seraient dans une certaine optique d’éloigner tous ceux qui lorgnent le fauteuil présidentiel pour les 20 années. Ceux qui paraissent encore jeunes écopent de 20 ans et ceux comme Lionel Zinsou qui sont proches de 70 ans se retrouvent avec 04 ans, contraints à un profil qui ne répond pas aux exigences de la loi pour briguer le fauteuil présidentiel.

 

Africaxó: Avec les nouvelles dispositions de la Criet, Komi Koutché et ses avocats peuvent faire appel. Ne pensez-vous pas que c’est ce qu’il y a lieu de faire ?

Me Georges Barnabé Gbago: Il est vrai que la Criet dispose maintenant d’une cour d’appel pouvant permettre aux condamnés de contester des peines prononcées contre eux. Ce qui semble ne pas rassurer, c’est le maintien des dispositions légales phares de cette cour malgré les observations et relances faites par la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Que cette cour continue à distribuer de si lourdes peines comme celles-ci; procéder à la saisie des biens immobiliers et à ordonner le gèle des comptes des opposants uniquement met l’opinion publique mal à l’aise. Les avocats du dossier « FNM » feront surement appel pour rétablir leur client. Faisons confiance à la Cour d’appel de la Criet, nous verrons ce que ça va donner.

 

Interview: Eric Sèwanou

Transcription: Loan Tamin

 

 

 

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