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[Entretien]: Alain Orounla livre les dessous de l’arrestation de Reckya Madougou

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Au Bénin, l’opposante Reckya Madougou accusée de vouloir perturber le déroulement du calendrier électoral en cours pour la présidentielle du 11 avril prochain est placée sous mandat de dépôt. Au sein de l’opinion publique, des voix notamment de l’opposition ont dénoncé avec véhémence, un montage surtout au lendemain des témoignages du Ministre des Petites et moyennes entreprises Modeste Kérékou sur l’affaire. Dans un entretien exclusif accordé lundi 08 mars à Africaxó et d’autres médias nationaux et internationaux, Alain Orounla le Porte-parole du Gouvernement est revenu sur les dessous de l’affaire.

 

Journaliste: Monsieur le ministre, vous disiez il y a quelques jours que le gouvernement allait frapper toute personne qui tenterait de se mettre au travers du processus électoral en cours. Quelques jours après, on a bien eu l’impression qu’un premier client est tombé dans la nasse – je veux parler de Madame Reckya Madougou, placée sous mandat de dépôt il y a quelques jours. A l’heure actuelle, pouvez-vous nous dire avec précision ce qui est reproché à Dame Madougou?

 

Alain Orounla: Je veux repréciser que notre sortie n’avait pas pour objet de frapper lourdement ceux qui se mettraient en travers du processus électoral. C’est un fait que nous n’admettrons pas – que ce processus soit perturbé – mais la sortie du gouvernement, c’était pour mettre en garde contre les atteintes à la vie des béninois. C’est à dire, prévenir tout ce qui pourrait empêcher la quiétude des béninois. C’est contre de telles atteintes que le gouvernement est sorti et a prévenu les uns et les autres. Il se trouve que certains acteurs politiques dont Dame Reckya Madougou non seulement, ont manifestement et publiquement menacé le processus électoral, mais appelé à attenter à la vie des béninois pour assouvir leur désir d’être dans la compétition alors que la CENA s’est prononcée; la Cour constitutionnelle s’est également prononcé et il est acquis et acté que ces acteurs politiques n’étaient plus dans la course. Les appels menaçants qui étaient tenus, les appels à l’insurrection, la témérité avec laquelle ces acteurs disent que ce processus électoral ne se déroulera pas sans eux, ajoutés aux aveux de certains de nos compatriotes qui s’apprêtaient à commettre des crimes contre des béninois et qui ont désigné Madame Madougou comme leur commanditaire, a amené le Procureur spécial de la Criet à se saisir de ce dossier, puisqu’il s’agit de dossiers relatifs à des actes de terreur, de terrorisme; à des actes attentatoires à la vie des béninois. On a planifié des exécutions en série, voilà ce qui justifie l’interpellation, puis la mise sous mandat de dépôt de Madame Reckya Madougou qui n’est pas dans la procédure pénale perçue comme un opposant – ce n’est pas le lieu d’exhiber sa qualité d’opposant de mouvancier ou d’opposant – mais de mis en cause dans une infraction très grave de terrorisme prévue et punie par les lois de la République; étayée par des aveux circonstanciés effectués par un certain Colonel à la retraite et un autre collaborateur – vous les connaissez – il s’agit de Georges Sacca dont on a établi la proximité avec Dame Reckya Madougou et d’un autre Colonel Mama Touré qui ont admis avoir été approchés, avoir été payés pour exécuter des hommes politiques et créer une psychose dans le pays. Le gouvernement qui suit cette affaire avec la plus grande attention pour la protection des béninoises et des béninois et pour la sauvegarde du processus électoral que nous voulons paisible et apaisé se devait de ne pas laisser passer puisque nous avons déjà averti et que avons été interpellé par l’attentat perpétré contre notre compatriote Ganiou Soglo et dont nous cherchons tous à élucider les circonstances. C’est pour ne pas avoir à déplorer une fois de plus, de tels attentats qu’on a pris les devants et qu’on a voulu que les lois de la République soient respectées et que l’on prévienne suffisamment et que jamais ça n’arrive des attentas contre le peuple béninois.

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Journaliste:  Beaucoup estiment que Dame Madougou a fait l’objet d’une procédure à la va-vite. Moins de 72 heures de garde à vue et déjà elle est déposée.

Alain Orounla:  Est-ce que ceux qui parlent sont spécialistes de procédure pénale? Tout spécialiste de procédure pénale – je veux parler de magistrats, d’avocats, de policiers – sait que le parquet à la main. On est pas obligé d’adresser une convocation et on peut procéder à une interpellation directement, il n’y a pas de convocation préalable surtout lorsqu’on est en matière de crime flagrant. Vous n’allez pas lorsque vous avez surpris un voleur entrain d’escalader un mur – Oui Monsieur le voleur, dans une semaine je vais vous envoyer une convocation pour venir vous expliquer – vous l’interpellez immédiatement. Les délais de garde à vue vont d’une heure à huit jours. On est pas tenu de passer d’abord huit jours en garde à vue avant d’être déposé. Dès lors que l’enquête établit qu’il y a des charges suffisantes pour que vous puissiez être mis en accusation, c’est à dire mis en cause et compte tenu de la gravité de l’infraction – en l’occurrence, il s’agit d’une infraction très grave – c’est d’une infraction criminelle pour ne pas dire un acte de terrorisme que l’on soupçonne Dame Reckya Madougou et ceux qui l’ont désigné. Il est même dans l’intérêt de la personne mise en cause d’être mise à l’abri, c’est aussi ça le mandat de dépôt. Le mandat de dépôt, c’est pas une punition nécessairement, c’est une mesure privative de liberté qui est opportunément utilisée soit pour empêcher le dépérissement des preuves, soit pour empêcher des concertations frauduleuses susceptibles de dénaturer les faits, la réalité des faits, l’enquête ou c’est également une mesure qui est prise pour isoler les personnes impliquées pour les empêcher évidemment de prendre la poudre d’escampette, mais aussi pour éviter que ces personnes subissent des agressions, des pressions d’autres commanditaires ou co-commanditaires ou d’autres complices. C’est le parquet qui apprécie et qui demande ce mandat de dépôt et c’est un acte qui est posé après que des avocats aient été entendus par le juge indépendant, c’est à dire un juge qui n’est pas magistrat du parquet pour que vous veniez dire que c’est l’exécutif qui l’a fait et c’est ce qui s’est passé dans le cas de ce dossier. Nous on ne dit pas que Madame Madougou est déjà coupable, seule une juridiction du jugement pourra le dire quand l’enquête sera terminée, mais pour les nécessités de l’enquête et compte tenu de la gravité des infractions reprochées à Madame Madougou, des indices concordants que nous avons dans ce dossier, des indices matériels, cette procédure exige qu’elle soit déposée et c’est ce que les magistrats en toute liberté ont apprécié.

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Journaliste: Monsieur le Ministre, à l’étape actuelle, le gouvernement doit plutôt être content de s’être débarrassée entre griffes, d’un adversaire qui en faisait un peu trop. 

Alain Orounla: Le gouvernement n’a pas des adversaires. Ce n’est pas parce que quelqu’un serait adversaire qu’on est content de s’en débarrasser. Madame Madougou a été admise à la compétition – voulez-vous que je vous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps que Madame Madougou n’avait pas sa carte LEPI, une pièce indispensable pour être candidat, on le lui a accordé parce que c’est son droit. Elle a déposé son dossier sans le parrainage qu’elle a réclamé à contre temps et les institutions chargées de valider les candidatures – je veux parler de la Commission Electorale Nationale Autonome et à sa suite la Cour constitutionnelle qui est la dernière juridiction à se prononcer sur la question – ces deux instituions ont estimé que Madame Madougou n’est pas admissible à la compétition. Dès lors, il n’est plus question d’adversité qui justifierait qu’on l’écarte. Le gouvernement n’est pas du tout dans cette logique, mais nous n’allons pas au motif que Reckya Madougou a été écartée de la course qu’elle a librement effectué, tolérer que des actes attentatoires à la paix publique, à l’ordre public soient perpétrés, donc je voudrais inviter ceux qui pensent que l’application de la loi dans sa rigueur, en l’occurrence est plus politique que judiciaire de se pencher sur les propos belliqueux et menaçants qui ont été tenus par Dame Reckya Madougou et les propos qui deviennent d’autant plus inquiétants que nous avons des indices matériels, un faisceau de présomption qui permet de penser effectivement, qu’elle était susceptible d’attenter à la vie des béninois. C’est donc pour cela que la procédure a eu lieu, sinon on arrêterait tout le monde. Ne voyons pas la politique partout, voyons plutôt le souci d’un gouvernement de préserver la tranquillité, de préserver la vie de chaque béninois parce que chaque vie compte et c’est à cela que je voudrais inviter ceux qui parlent trop vite. Et je peux citer de noms à ce stade. Je veux demander à Léhady Soglo d’être modéré et de savoir que son propre frère a été victime d’un attentat dont nous n’avons pas encore élucidé les contours. Nous ne voudrions pas que cela se multiplie et donc qu’on nous excuse de faire notre travail et de chercher à protéger les béninois.

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Journaliste: Parlant de noms, qui sont ces personnalités politiques qui font objet de ces contrats?

Alain Orounla: Le dossier après la phase d’enquête est en cours d’instruction. Vous savez qu’il y a le secret de l’instruction qui empêche de divulguer toute sorte d’information, mais je peux vous dire – et ça vous permettra d’être édifiés – que la première exécution devrait porter sur une personnalité politique de la ville de Parakou proche et très proche du pouvoir. Et il était même prévu – c’est pas moi qui le dis – c’est ceux qui ont été interpellés qui le disent, qu’aux obsèques de cette première victime, on allait faire une deuxième victime dont une autre personnalité politique très remuante de la ville de Parakou et puis le reste. Donc ces attentats étaient ciblés, planifiés d’après les déclarations des mis en cause, pour être exécutés à l’encontre des personnalités politiques de la ville de Parakou.

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Journaliste: Monsieur le ministre, il n’y a toujours pas de noms?

Alain Orounla: Je vous ai dit que que je ne pourrais pas vous révéler de noms, puisque le dossier est toujours en instruction. Et je crois vous avoir suffisamment donné d’indices pour que vous sachiez de qui nous voudrions parler.

Journaliste: Monsieur le Ministre, vous parliez tout à l’heure d’indices matériels. Un de vos collègues est sorti au cours du week-end et en a justement apporté qui aggravent la situation de Madame Madougou. Pourquoi depuis 2018, c’est seulement en 2021 que votre collègue sent la nécessité d’apporter ces éléments sur la place publique?

Alain Orounla: Parce que lorsque mon collègue a été témoin par inadvertance de ces messages qui lui ont été adressés tout aussi par inadvertance, l’on avait pas jugé utile d’amplifier ces messages qui en ce moment paraissaient ordinaires.  Ce n’est qu’à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui où nous avons l’implication de Madame Madougou dans un complot ourdi contre notre pays, que mon collègue a estimé de son devoir de ne plus se taire sur ces faits, ces messages qui ont été interceptés et qu’il fallait révéler. Le collègue ne le fait pas pour ramener un dossier, mais tout simplement pour apporter sa contribution, son témoignage pour éclairer ce qui trame contre notre pays depuis fort longtemps. Ce qui est important de regarder, c’est l’originalité de ces messages. Quelqu’un est-il sorti pour dire que les messages qui ont été attribués à Madame Madopugou l’ont été à tort? Est-ce qu’on a dit que le numéro duquel provenaient ces messages qui est un numéro togolais bien connu, n’est pas celui de Reckya Madougou? Est-ce que les messages envoyés ne sont pas d’elle? Et si vous voulez rapprocher cette sortie de la sortie préventive de Madame Madougou qui avait accusé de ce qu’on aurait pris le contrôle de son appareil, vous ne voyez pas qu’il y a une étrange coïncidence? De la même manière, lorque Madame Madougou allègue qu’elle sait ce qui se trame contre elle et qu’on veut l’impliquer dans une affaire de terrorisme – à moins qu’elle ait de grandes oreilles – moi je pense que c’est probablement lorsqu’on sait que des actes ont été posés et on commence à crier au loup. Moi je voudrais que les éléments soient analysés, confrontés par forcément dans l’esprit où il y a un complot. Je crois que le gouvernement a fort à faire parce qu’on continue de travailler pour le bien être des béninois et qu’on doit préparer des élections que d’imaginer des complots contre des gens qui ne sont pas gênants, autrement qu’en posant des actes répréhensibles, voire criminels contre des béninois.

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Journaliste: Monsieur le Ministre, j’ai envie de dire qu’on est presque dans un scénario hollywoodien à suivre toutes les déclarations, à suivre toutes les preuves qui d’une façon ou d’une autre, sont révélées sur la place publique. La réalité des faits, Reckya Madougou dérangeait un peu le gouvernement, vous avez peur de la concurrence.

Alain Orounla: Cher ami, il n’y a pas de concurrence qui fasse peur et il y en avait même plus du tout. Il peut pas y avoir concurrence entre des candidats qui ont mal préparé leurs dossiers et qui ont été écartés à juste titre de la course parce qu’ils n’ont pas rempli les formalités et ceux qui continuent à concourir. Si le Président candidat Patrice Talon devrait redouter quelqu’un aujourd’hui, il y a deux duos qui sont encore en lice. C’est ces deux duos qui constituent la préoccupation, pas ceux qui ont échoué, pas ceux qui se sont montrés totalement incapables d’apporter un projet de société, d’apporter un projet alternatif, d’apporter des éléments susceptibles de combattre le bilan que nous avons eu en 5 ans. Cessons donc de conjecturer, de spéculer et analysons les faits. Est-ce que nous devons laisser faire et revenir jouer ce qu’on appelle  »Médecin après la mort » ou nous devrions être plutôt encouragés de prendre toutes les dispositions afin qu’aucune vie béninoise ne soit arrachée. Je ne dis pas qu’elle est coupable de ce qu’on lui reproche. C’est une juridiction après enquête qui dira si elle est coupable ou pas. Lorsqu’un gouvernement, lorsqu’un parquet a un dossier dans lequel deux individus qui disent avoir reçu de l’argent de quelqu’un pour exécuter dans un ordre planifié, des autorités administratives et des autorités politiques, le gouvernement qui prend à la légère de telles dénonciations, de telles accusations serait un gouvernement irresponsable surtout que nous avons déjà vécu un épisode avec Ganiou Soglo. Quest-ce que vous auriez dit si le gouvernement avait passé sous silence ces actes si au bout d’une semaine, une vie tombe, on aurait dit que le gouvernement n’avait pas joué son rôle. Quand on sait que Madame Madougou peut-être par imprudence a tenu des propos illégaux, des propos incriminants, il faut remarquer de plus près, parce que je ne sais pas sur quoi peut compter, un acteur écarté de la course présidentielle et qui dit que manifestement, cette élection n’aura pas lieu sans nous. On se sait pas sur quoi un acteur politique peut-il compter lorsque tous les recours ont été épuisés et lorsque l’on apprend que des crimes sont entrain d’être planifiés, il est du devoir du gouvernement de regarder cela de plus près.

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Journaliste: Votre collègue a fait des déclarations dans lesquelles, des noms de chefs d’Etat ont été cités. Ne craignez-vous pas pour la diplomatie?

Alain Orounla: Le collègue n’est pas venu inventer. Il a plutôt rendu témoignage de ce qu’il a subi. Il cite : « J’ai reçu sur mon portable des messages adressés par un tel qui a apparemment, ne m’étaient pas destinés. Et ces messages rapportent que les initiales de certaines personnalités sont impliquées ». Et si vous avez bien écouté mon collègue, il a bien précisé qu’il ignore la part de vérité ou de mythomanie contenue dans ces messages parce qu’il n’est pas exclut, que la personne incriminée, en est rajoutée ou non pour son importance vis-à-vis de son interlocuteur. Ce que nous disons c’est que ces messages et le smartphone qui les transportent sont mis à la disposition de la justice pour être authentifiés, c’est à dire si c’est des vrais messages qui sont interceptés ou s’il s’agit de la manipulation à l’occasion de la prise de contrôle du portable de Madame Madougou.

Transcription: Roméo Agonmadami

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